
Pour la première fois depuis le lancement de la série en 2015, le créateur David Gelb en réalise lui-même l'intégralité des épisodes, soit huit par saison. Pour un chef à domicile qui compose chaque soir un menu comme on monte un opéra de chambre, l'annonce touche directement à la grammaire de notre métier.
La caméra au plus près, là où nous travaillons déjà
Dans les mots relayés par l'annonce officielle, David Gelb résume l'enjeu avec une précision qui parle à quiconque orchestre un service privé: « 'Chef's Table' a toujours été plus que de la nourriture — c'est le voyage personnel des chefs qui racontent des histoires avec leur cuisine — l'obsession, la discipline et le cœur qui vont dans chaque soir de service. » Il confie avoir été profondément touché par l'expérience de filmer au niveau le plus intime avec ces chefs — « the most intimate level ».
Cette notion d'intimité est précisément notre territoire. Pas de brigade en fond de scène, pas de passe-plat bruyant: juste le convive, l'assiette, le geste. Quand une série décide de descendre à ce niveau d'intimité où nous travaillons déjà sans caméra, elle valide une esthétique que nous pratiquons chaque soir. La tension entre la contrainte imposée — un seul service, une seule table, parfois une seule allergie — et la création qui en jaillit est l'architecture même de notre quotidien.
« Icons » et « Desserts »: deux grammaire à observer
La saison « Icons » se concentre sur les chefs qui n'ont pas seulement dirigé de grandes maisons — ils ont bâti des institutions, redéfinissant la gastronomie de leur époque. Pour un chef privé en Provence, la question qui se pose n'est pas de devenir une icône, mais de comprendre ce qui, dans un répertoire de cuisine, traverse les modes. Ce sont souvent les mêmes ressorts qu'un dîner sur-mesure: une technique signature, une contrainte assumée comme un parti pris, un produit régional sublimé jusqu'à devenir l'ADN d'une table.
La saison « Desserts », elle, braque son objectif sur les pâtissiers et la précision de leur art. Pour notre métier, le dessert reste l'acte final où tout se joue — la note qui persiste, la scénographie qui referme le repas. Les chefs invités dicteront, à n'en pas douter, de nouvelles structures sucrées que nous pourrons transposer en fin de service privé: un pré-dessert qui déconstruit l'attente, une bouchée finale qui prolonge l'émotion au-delà de la table.
Ce qu'il faut surveiller
Netflix n'a pas encore communiqué le casting des chefs invités, qui sera annoncé à une date ultérieure. La production reste assurée par Boardwalk Pictures et David Gelb Films, avec David Gelb, Andrew Fried, Brian McGinn et Dane Lillegard comme producteurs exécutifs. Pour les chefs à domicile et traiteurs d'exception du Midi, ces deux saisons constitueront, à leur sortie, une matière première d'inspiration rare — à condition de les regarder non pas comme du spectacle, mais comme une masterclass sur la manière dont une cuisine devient récit, et dont un service devient une scène qu'on n'oublie pas.