
À l'heure où la table d'exception se pense autant qu'elle se dresse, deux maisons Relais & Châteaux de Bourgogne signent une partition que le chef à domicile ferait bien d'étudier à la loupe. Comme le rapporte Presse Agence, l'Hostellerie de Levernois et le Château Sainte Sabine ont fait du samedi leur terrain d'expérimentation — non pas en multipliant les cartes, mais en sculptant le temps du convive. Une démarche qui s'inscrit, selon une sélection relayée par Infrarouge, dans un mouvement plus large de maisons d'exception réconciliant haute cuisine de saison, terroir et circuits courts.
Deux rituels, deux grammaires de la réception
Aux portes de Beaune, l'Hostellerie de Levernois transforme le goûter en véritable cérémonie. Chaque samedi, de 15h à 17h30, le chef pâtissier Lucas Chambfort et sa brigade déploient un Tea Time bâti exclusivement sur les produits du marché et du potager de la Maison — bouchées salées, pâtisseries sucrées, palette qui se réécrit au fil des saisons. Le dispositif s'inscrit dans un concept nommé « Slow Afternoon »: une fois la pause gourmande achevée, les hôtes prolongent l'expérience au Spa Sisley — piscine intérieure, sauna, hammam, jacuzzi extérieur ouvert sur un parc arboré de sept hectares. La dégustation migre selon la météo, de la terrasse bucolique au salon-bar près de la cheminée. Tarifs: 45 € avec boisson chaude ou froide, 50 € avec cocktail ou coupe de Champagne.
Plus au nord, le Château Sainte Sabine propose une autre cadence. Cette demeure 5 étoiles, entourée d'un parc boisé où des daims évoluent en semi-liberté, installe chaque samedi un brunch buffet de 11h30 à 14h: viennoiseries, pâtisseries maison, plats salés, fromages, dressés comme un tableau. La terrasse ouvre sur le château médiéval de Châteauneuf; la salle du restaurant gastronomique accueille les jours plus frais. Tarif: 65 € par adulte, 30 € pour les enfants de moins de 12 ans.
Ce qu'un chef privé peut en prélever
Trois leçons se dégagent de ces deux protocoles, utiles à quiconque orchestre une prestation à domicile.
D'abord, la temporalité comme ingrédient principal. Un Tea Time ou un brunch ne sont pas des repas allégés: ce sont des architectures du rythme. Chez le client, cela signifie observer les silences entre les services, ménager des respirations, laisser le convive redevenir spectateur plutôt que consommateur.
Ensuite, le dialogue avec le micro-territoire. Levernois puise dans son potager, Sainte Sabine dans ses circuits locaux. Le chef à domicile en Provence dispose du même ressort — marchés de producteurs, herbes du jardin, affineurs — pour raconter un lieu à travers l'assiette, sans jamais verser dans le folklore.
Enfin, la scénographie du contenant. Ces deux maisons soignent autant la lumière, la vaisselle, la perspective sur le parc, que la composition des buffets. Négliger ce cadre, c'est priver le repas d'une moitié de son langage. Le dressage n'est qu'un volet; la table, la pièce, le moment de la journée en sont d'autres, indissociables.
La haute gastronomie, rappellent ces Relais & Châteaux, ne se mesure plus seulement à la technicité de l'assiette. Elle se juge à la capacité de tenir ensemble le produit, le lieu et le rythme du vivant.