
À Saint-Jean-d'Illac, Jérémy Berton propose la partition inverse, racontée par Sud Ouest: ancien restaurateur devenu cuisinier à domicile pour les familles. Deux visages du même métier, deux cahiers des charges opposés — et, pour qui observe la scène du sur-mesure, deux leçons sur ce que l'intimité du convive exige vraiment.
Le prestige, comme une matière à sublimer
À Labry, dans la maison de sa grand-mère acquise « à la bougie au siècle dernier », Frédéric Chiocchi pose une philosophie qui mérite qu'on s'y arrête. Le chef écarte d'un revers l'idée de briguer le titre de Meilleur ouvrier de France: « Mais pour quoi faire? C'est du business tout ça! », lance-t-il à vosgesmatin.fr, avant d'ajouter que « être MOF ne suffit pas à faire de vous un bon cuisiner ». La confidence dit l'enjeu réel du sur-mesure: aucun titre ne remplace l'attention portée à l'autre.
Car c'est bien là que le métier se joue. Chez un convive privé, la virtuosité technique ne suffit pas — il faut lire la fatigue du dimanche soir, deviner l'humeur du jour, composer avec les produits déjà dans le frigo. Le col brodé du chef entre alors comme une promesse tenue, non comme un argument de vente. Voilà ce que Frédéric Chiocchi, dont le père eut sa retraite de mineur à 45 ans, semble avoir compris de longue date: l'élégance d'un service se mesure à ce qu'il libère chez le convive, pas à ce qu'il étale sur la table.
L'autre architecture: l'ingénierie du quotidien
À Saint-Jean-d'Illac, Jérémy Berton propose la partition inverse, racontée par Sud Ouest. Ancien restaurateur à Mérignac, il a vendu son établissement en 2016, traversé plusieurs vies — dont sept ans comme conseiller client dans l'automobile — avant de revenir, depuis mai dernier, à la cuisine. Mais d'une autre façon: chez les autres, dans un rayon de vingt kilomètres autour de chez lui.
Sa clientèle: surtout de jeunes familles. Comme il l'explique au journal, son premier client était un père qui passait une heure à cuisiner chaque soir et n'avait plus de temps pour jouer avec ses enfants. « Cela lui a changé la vie », glisse-t-il. La mécanique est précise — choix des plats ensemble, liste de courses, cuisine sur place, remplissage du réfrigérateur, nettoyage avant de partir. Pour quatre personnes et quatre plats, le coût moyen avoisine les 120 euros. À noter: la cuisine à domicile ouvre droit au crédit d'impôt. La scénographie, ici, c'est la régularité; l'ingrédient secret, le temps rendu.
Le bon cahier des charges
Pour qui réfléchit à faire appel à un chef à domicile, ces deux trajectoires dessinent une grille utile. D'un côté, un chef qui fait de la maison familiale un lieu d'exception, où chaque service devient une pièce unique orchestrée dans la durée. De l'autre, un professionnel qui fait de la cuisine des autres son atelier, où l'écoute et la discrétion priment sur la démonstration.
La question à poser avant de s'engager n'est donc pas « qui est le meilleur? », mais « quel manque cherche-t-on à combler? ». Une émotion rare ou un quotidien apaisé ne demandent ni le même casting, ni le même prix — ni, surtout, la même architecture.